Les syndicats et la société civile saluent l'introduction du droit humain à l'eau dans la Constitution de Slovénie

Bruxelles, le 18 Novembre 2016

Hier soir, l'Assemblée nationale de Slovénie a adopté un amendement à sa Constitution pour inclure un nouvel article qui reconnaît le droit humain à l'eau. L'amendement affirme que l'eau doit être traitée comme un bien public géré par l'État et non comme une marchandise et que l'eau potable doit être fournie par le secteur public sans but lucratif. C'est un grand succès pour les militants et la population de Slovénie.

«Les citoyens de toute l'Europe se sont mobilisés avec succès pour que le droit à l'eau et à l'assainissement soit reconnu comme un droit de l'homme - comme l'a décidé l'ONU – et soit introduit dans la législation européenne. La Commission européenne continue d'ignorer près de deux millions de voix de la première initiative citoyenne européenne réussie. Le commissaire Vella devrait écouter les citoyens et suivre l'exemple slovène dès que possible», a déclaré Jan Willem Goudriaan, secrétaire général de l’EPSU.

L'eau est un sujet controversé en Slovénie, car les entreprises étrangères de l'industrie alimentaire achètent des droits d’une grande quantité de ressources locales en eau. Le gouvernement slovène a exprimé des inquiétudes quant aux incidences des accords de libre-échange comme CETA sur sa capacité de contrôler et de réglementer ces ressources [1].

«Les accords de libre échange et les mécanismes de règlement des différends investisseur-État peuvent limiter la capacité des États à reprendre le contrôle public sur les ressources en eau lorsque des investisseurs étrangers sont impliqués, comme c'est le cas en Slovénie. Pour garantir le droit à l'eau et le contrôle de cette ressource clé, les Parlements européen et slovène devraient rejeter CETA lors d'un vote dans les prochains mois», a déclaré David Sánchez, directeur de Food & Water Europe.

L'amendement est le résultat d'une initiative citoyenne qui a recueilli 51 000 signatures pour proposer un amendement constitutionnel [2].

«Nous nous félicitons de l'introduction du droit humain à l'eau dans la Constitution slovène, comme un grand résultat d'initiative citoyenne. Aujourd'hui, la société civile doit veiller à garantir une gestion démocratique et transparente du cycle intégré de l'eau, fondé sur la participation des citoyens et des travailleurs», a déclaré Jutta Schütz, porte-parole de l’European Water Movement.

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Notes

[1] Le gouvernement slovène a exprimé des inquiétudes quant à l'ambiguïté de termes tels que «utilisation commerciale d'une source d'eau» dans CETA, la manière dont l'accord s'applique aux droits d'eau existants et la capacité future des gouvernements nationaux de limiter les concessions déjà accordées sans être soumis à des réclamations sous l’ICS, entre autres.
Le document est accessible ici
http://europeanwater.org/images/pdf/Slovenia-questions-on-Water_14-9-2016.pdf

[2] Plus d’information concernant cette initiative citoyenne sur le site web http://voda.svoboda.si/

Contact:

Jutta Schütz, Porte-parole, European Water Movement, +49 (0) 157 390 808 39 (mobile), juttaschuetz(at)gmx.de

David Sánchez, Directeur, Food & Water Europe, +32 (0) 2893 1045 (land), +32 (0) 485 842 604 (mobile), dsanchez(at)fweurope.org

Guillaume Durivaux, Policy officer, EPSU, +32 (0) 22501041, gdurivaux(at)epsu.org

Fichier pdf de ce communiqué de presse

Gouvernements et société civile sont concernés par l’impact de CETA sur l’eau

Bruxelles - 17 octobre 2016

Alors que le Conseil et le Parlement Européen vont voter sur le traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada (CETA), de nouvelles questions sont soulevées concernant son impact sur l'eau en tant que ressource et sur les services de l’eau. Des organisations européennes et canadiennes ont eu accès à une liste de questions posées par le gouvernement de Slovénie à la Commission Européenne [1]. Ces organisations ont de leur côté envoyé une lettre aux gouvernements des Etats membres indiquant leurs préoccupations [2].

David Sánchez, de Food & Water Europe déclare: “CETA va ouvrir la porte à l'accaparement de l’eau par les entreprises, et va accroître la marchandisation des ressources en eau. En outre, il crée une nouvelle incertitude juridique pour les pouvoirs publics qui fournissent les services de l'eau”.

Un projet de déclaration interprétative rédigée conjointement par la Commission européenne et le Canada a circulé et les impacts possibles de CETA sur l'eau y sont niés.

Jutta Schuetz, de l’European Water Movement ajoute: “La Commission Européenne et le Canada ont eu assez de temps pour exclure l’eau du traité. Mais au contraire, ils ont introduit des dispositions dangereuses rédigées en des termes juridiquement flous qui ne seront clarifiés que quand les décisions des pouvoirs publics seront contestées devant les tribunaux. Le projet de déclaration interprétative qui n’a aucune valeur juridique n’est qu’une mauvaise plaisanterie. Si nous voulons considérer l’eau comme un bien commun et l’accès à l’eau comme un droit humain, nous devons rejeter CETA.”

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Journée Mondiale des Zones Humides: L'European Water Movement appelle à défendre le Delta de l'Ebre

Bruxelles, 2 février 2016

L'EBRE

L'Ebre est le troisième plus long fleuve de la Méditerranée, après le Rhône et le Nil. Il traverse 9 Communautés Autonomes avant de se jeter dans la Méditerranée où il forme le Delta de l'Ebre (Catalogne).

Le Delta de l'Ebre est une des dernières grandes zones humides littorales en Europe. Cette zone de delta de près de 8000 ha a été déclarée Parc National, reconnue comme étant d'importance internationale par la Convention de Ramsar sur les zones humides, reconnue comme Zone de Protection Spéciale pour les Oiseaux (SPAB - 79/409/CEE), comme Zone d'Intérêt Communautaire (CIA - 85/337/CEE) et comme Réserve de la Biosphère par l'UNESCO. 

LE PROBLÈME

La consommation d'eau intensive tout au long du bassin de l'Ebre a soumis le fleuve à une forte pression et affecte son fonctionnement écologique. En particulier, le Delta, partie la plus vulnérable du fleuve, subit une réduction drastique de l’afflux d'eau et de sédiments. Cela conduit à l'affaissement de toute la zone du delta, qui s'abaisse actuellement à une vitesse de 0,3 cm par an. Les prévisions de changement climatique indiquent clairement que ce phénomène, conjointement à l’élévation du niveau de la mer, provoquera la disparition de 80 % de ce territoire au cours du prochain siècle.

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Avant la manifestation de samedi, l’European Water Movement salue la bataille irlandaise pour notre droit à l’eau

Bruxelles, le 15 septembre 2016

L’European Water Movement affirme que le mouvement irlandais Right2Water est à l’avant-garde du «mouvement européen pour démocratiser la gestion de l'eau» et que le financement par un impôt progressif est la meilleure façon de garantir le droit humain à l'eau.

Avant la manifestation nationale Right2Water qui aura lieu ce samedi 17 Septembre, l’European Water Movement a déclaré aujourd'hui que le mouvement irlandais Right2Water faisait partie d'un «véritable mouvement populaire pour démocratiser la gestion de l'eau et pour mettre en oeuvre le droit à l'eau, ce qui n'a encore été réalisé dans aucun pays de l’UE».

L‘European Water Movement, un réseau d'organisations dont le but est de renforcer la reconnaissance de l'eau comme bien commun et l’accès à l'eau comme droit universel fondamental, a envoyé une contribution à la Commission d'experts sur l'eau qui est disponible ici.

Dans le communiqué publié aujourd'hui, l‘European Water Movement déclare: «Il est clair que le meilleur moyen pour assurer l'accès à l'eau et le financement des infrastructures, est la fiscalité générale». «L’European Water Movement considère la lutte du peuple irlandais pour abolir les redevances d'eau et obtenir un référendum consacrant la propriété publique du système de distribution d'eau, comme la preuve supplémentaire d’un mouvement populaire européen pour démocratiser la gestion de l'eau. La campagne irlandaise Right2Water, comme d'autres campagnes à travers l'Europe, cherche à obtenir le droit à l'eau, qui jusqu’à présent n’a été mis en oeuvre dans aucun pays de l'UE. Right2Water est à l'avant-garde de ce mouvement qui prend de plus en plus d’ampleur », conclut le communiqué.

Pour plus d'information contacter :
David Gibney - Right2Water, Tel. 087-1324140
David Sanchez - European Water Movement, Tel. +32 (0) 2893 1045

Le traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada menace la gestion de l’eau

Bruxelles, 30 Octobre 2015

Durant les négociations secrètes du traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada (CETA), la commission européenne a toujours affirmé que l’eau serait exclue du traité et qu’il n’y aurait pas de remise en question du choix du mode de gestion des services d'intérêt économique général (SIEG) liés à l’eau (production et distribution d’eau potable, assainissement etc.) par les autorités publiques. La lecture du texte consolidé de CETA rendu public le 26 septembre 2014 montre que la réalité est toute autre.

Droits et Obligations relatifs à l'Eau

L’article intitulé « Droits et Obligations relatifs à l'Eau » (Rights and Obligations Relating to Water) est rédigé en des termes juridiques flous et parfois en contradiction avec les législations européenne et nationales. N’en doutons pas: Le flou et les failles juridiques de cet article vont faciliter en Europe et au Canada l’accaparement de l’eau par les multinationales. L’article déclare que « l'eau dans son état naturel [...] n'est pas un bien ou un produit et donc [...] n'est pas soumis aux dispositions du présent Accord ». Or, la quasi-totalité des usages de l’eau (eau potable, assainissement, irrigation agricole...) concerne une eau extraite du milieu naturel qui est donc considérée comme un bien et un produit, et pourra être traitée comme une marchandise et soumise dès lors au dispositif CETA. Et l’article ajoute « Lorsqu'une Partie permet l'utilisation commerciale d'une source d'eau spécifique, elle doit le faire d'une manière compatible avec l'Accord » sans que soient clairement définis ce que sont un « usage commercial » pour l’eau et une « source d'eau spécifique ». Actuellement en Europe, ce sont les Etats qui attribuent les droits de prélèvement d’eau et ils le font selon des critères différents des règles concernant le commerce et l’investissement telles qu’on les trouve dans les traités de libre échange. Dans ces conditions, comment considérer cet article autrement que comme un instrument de plus pour aller vers une marchandisation accrue de l’eau?

Réserves pour de Futures Mesures

L’Annexe II intitulée « Réserves pour de Futures Mesures » (Reservations for Future Measures) indique les réserves que l’UE ou certains Etats membres peuvent appliquer  pour différents services. L’UE peut appliquer les réserves « Accès au Marché » et « Traitement National » pour le service « Collecte, purification et distribution de l'eau ». L’Allemagne peut appliquer la réserve « Accès au Marché » pour les services « Collecte des eaux usées, traitement des déchets et assainissement ». Or, seules les 4 réserves « Accès au Marché », « Traitement National », « Nation la Plus Favorisée » et « Obligations de Performance » garantissent qu’un service sera exclu du dispositif CETA et ce dans tous les cas de figure. De plus, les Etats membres hormis l’Allemagne n’appliquent aucune réserve pour les services « Collecte des eaux usées, traitement des déchets et assainissement » ce qui implique leur inclusion dans le dispositif CETA en contradiction avec l'article 12 de la Directive Concessions.

Coopération réglementaire et ISDS

L'UE est neutre en théorie sinon en pratique sur le choix par un Etat membre d'une gestion publique ou privée de ses SIEG. Ainsi, l’Angleterre a choisi une gestion uniquement privée de ces SIEG liés à l'eau, alors que la plupart des Etats membres ont fait le choix d'autoriser à la fois les gestions publique et privée. La coopération réglementaire introduite dans CETA et aussi dans le traité de libre échange entre l’Union Européenne et les Etats-Unis (TTIP) remet en question cette liberté de choix des Etats membres. La coopération réglementaire permet aux entreprises privées d’être consultées pour toute procédure législative de l’UE ou des Etats qui affecte le commerce ou l’investissement, et de faire annuler cette procédure si elle semble néfaste à leur intérêt. Supposons qu'un Etat décide de légiférer pour n'autoriser que la gestion publique de ses SIEG liés à l'eau. Grâce à la coopération réglementaire, les entreprises privées pourront bloquer cette procédure législative. De plus, une clause d’arbitrage entre investisseur privé et Etat (ISDS) permet à un investisseur privé de contester devant une cour d’arbitrage privée une mesure publique lorsque celle-ci affecte ses profits attendus. Cette clause d'arbitrage telle qu'elle est introduite dans CETA s'appliquera à l'eau et aux services liés à l'eau comme c'est déjà le cas dans d'autres traités de libre échange: Veolia a traîné le gouvernement égyptien devant une cour d'arbitrage après que celui-ci ait augmenté le salaire minimum; en avril 2015, Suez a fait condamner l'Etat argentin par la cour d'arbitrage de la Banque Mondiale à plus de 400 millions de dollars de dommages et intérêts pour avoir diminué le prix de l'eau lors de la grave crise économique et sociale de 2001.

Effet de cliquet et gestion privée du secteur de l'eau

Les droits et obligations dans le secteur de l'eau, les réserves appliquées aux services liés à l'eau et la coopération réglementaire tels que définis dans CETA font qu'il sera difficile voire impossible de revenir à une gestion publique de l'eau et des services liés à l'eau, une fois que leur gestion aura été attribuée à une entreprise privée. Nous avons des exemples de cet effet de cliquet dans d'autres traités de libre échange comme par exemple l'ALENA: lorsque la société d'eau en bouteille Parmalat qui avait un permis de prélèvement d'eau dans la source de l'Esker au Québec a fait faillite, les autorités locales n'ont pas pu récupérer cette eau et le gouvernement québecquois a du attribuer un nouveau permis à une société privée à capitaux américano-chinois.

Les entreprises canadiennes et européennes du secteur de l'eau sont les filiales des mêmes multinationales (Veolia, Nestlé, Suez, Coca Cola...). CETA et TTIP offrent à ces multinationales une formidable opportunité pour mettre la main sur l'eau et les services liés à l'eau, au détriment des populations vivant de part et d'autre de l'Atlantique.

European Water Movement

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