Menace sur le «cœur bleu de l’Europe»

La région verdoyante de Përmet, en Albanie, qui tente de développer un tourisme doux, est visé par un grand projet hydroélectrique. Une aberration écologique et économique, selon des habitants.

C’est l’un des derniers fleuves sauvages d’Europe, mais pour combien de temps encore? La Vjosa, qui coule entre les montagnes grecques et albanaises, pourrait bientôt être couverte de barrages. Les autorités de Tirana misent beaucoup sur l’énergie électrique pour développer le pays, peu industrialisé et miné par le chômage. Une stratégie qui inquiète la région de Përmet où l’on veut continuer d’attirer les touristes grâce à un environnement préservé.

«Hormis la mer, nous avons tout.» Voilà ce qu’annonce fièrement le grand panneau placé à l’entrée de Përmet. Au-dessus, se découpent les silhouettes des hauts sommets qui surplombent la petite ville du sud de l’Albanie. Le joyau de Përmet, c’est la Vjosa, un fleuve qui prend sa source en Grèce sous le nom d’Aoos et dévale les montagnes du Pinde avant de se jeter 270 km plus loin, à Vlorë, dans les eaux de l’Adriatique. Mais ce bijou naturel, l’un des derniers cours d’eau «sauvages» d’Europe, c’est-à-dire non transformé par l’homme, est menacé. Le gouvernement de Tirana prévoit la construction de huit barrages et de 23 minicentrales hydroélectriques sur son bassin versant.

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Pour un Forum alternatif mondial de l’eau à Dakar en 2021

Création d’espaces de préparation

Le Conseil mondial de l’eau (CME) a annoncé la tenue d’un Forum mondial de l’eau à Dakar en 2021.

Le CME est une association loi de 1901. Il prétend regrouper sur le plan mondial tous les acteurs de l’eau, des institutions internationales, des États, des multinationales aux associations d’usagers, de façon « équilibrée ».

C’est en fait une machine de guerre à ambition totalitaire contre le développement de la gestion politique, publique, et résiliente de l’eau par l’institution de « communs » et la planification démocratique. Le CME prône des concessions diverses, y compris sous forme de délégations de service public, aux transnationales comme Véolia et Suez. Ces formes d’appropriation privée et de marchandisation seraient, dans sa doctrine, le seul moyen efficace pour résoudre la crise mondiale de l’accès à l’eau, sans cesse aggravée par la croissance démographique et par le réchauffement climatique. Les solutions de marché, mises en œuvre depuis plus de trente ans selon ces principes, n’ont pas fait progresser le droit humain effectif à l’accès à l’eau, y compris dans les pays du « Nord ». Malgré tout, les négociations climatiques, de la COP20 de Lima à la COP23 de Bonn, ont promu les investissements privés dans le domaine du grand et du petit cycle de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, en lieu et place de la gestion et des financements publics, réduits à de maigres fonds dont on espère un effet de levier au bénéfice du secteur privé.

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France, la mise à mort des agences de l’eau

Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a adressé le 1er juin dernier à une centaine de haut-fonctionnaires, d’élus et à quelques associations un rapport de 543 pages commandé à l’automne 2017 à l’Inspection des finances (IGF) et au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). Sous couvert de prendre acte des bouleversements introduits par la loi sur la biodiversité votée sous le précédent quinquennat, ce rapport propose en réalité un véritable démantèlement des Agences telles qu’elles ont fonctionné depuis un demi-siècle. Leurs redevances, plus de deux milliards d’euros par an, qui vont continuer à être prélevées sur la facture d’eau de tous les Français, seront en grande partie détournées de leur objectif pour financer d’autres politiques. Une nouvelle police de l’eau et de la nature sera confiée… soit aux Préfets, soit aux garde-chasses de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), tandis que cinq scénarios de fusion-absorption des Agences avec d’autres organismes sont également proposés.

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Le Parlement espagnol ouvre le robinet de la remunicipalisation de l'eau malgré les votes contre du PP et de Cs

Traduction en français d'un article du journal El Salto.

Un vote serré, avec l'absence de plusieurs députés du Parti Populaire, adopte une proposition de En Comú Podem pour aider les municipalités à gérer et récupérer le cycle intégral de l'eau.

Les mairies pourront récupérer la gestion directe de l'eau. Tel était le principal résultat de la proposition présentée par En Comú Podem (ECP, la branche catalane de Podemos) et adoptée aujourd'hui après les votes en faveur de tous les groupes parlementaires, à l'exception du Parti Populaire et de Ciudadanos - qui ont voté contre - et du PDeCAT (la droite indépendantiste catalane) - qui s’est abstenu.

Le résultat serré du vote - 167 voix contre 165 - a été rendu possible par le fait que plusieurs membres du PP n'étaient pas présents lors du vote. En outre, deux membres du PDeCAT se sont abstenus.

La proposition, qui a été défendue en plénière par la députée d'ECP Alicia Ramos, demandait au gouvernement de modifier la loi de stabilité budgétaire et de viabilité financière et la loi de rationalisation locale, lois qui limitent l’autonomie des municipalités à gérer et/ou récupérer la gestion du cycle de l’eau. Ces changements proposés par ECP misent sur une plus grande autonomie locale des municipalités pour qu'elles puissent gérer "l'ensemble du cycle de l'eau, mais en donnant la priorité à la consommation humaine", explique le groupe parlementaire dans un communiqué.

L'adoption de cette proposition est sans aucun doute un coup dur pour les grandes entreprises, comme Aqualia ou Agbar, qui ont eu le monopole de la privatisation de l'eau dans des centaines de municipalités du pays et qui, grâce aux lois Montoro, ont vu leurs intérêts protégés face aux sociétés locales qui essayaient de remunicipaliser le service de l'eau dans leurs communes. "Les conseils municipaux ne peuvent pas choisir la meilleure option de gestion parce que les obstacles juridiques entravent le contrôle direct des sociétés et récompensent la gestion indirecte par les multinationales du secteur", a expliqué Ramos en séance plénière.

Le texte, négocié avec le PSOE, réclame au gouvernement une loi de bases pour la régulation des services d'eau et d'assainissement qui reconnaît l'accès à l'eau potable comme un droit humain et qui garantit légalement que la rémunération des concessionnaires soit destinée à la rénovation des infrastructures et à leur exploitation. "Si l'eau est un bien commun et un droit fondamental, le modèle de gestion ne peut être subordonné à l'obtention d'un bénéfice privé, mais doit garantir l'efficacité, l'équité sociale et la gestion démocratique", a souligné Ramos en séance plénière.

Le texte propose également de modifier la réglementation relative aux marchés publics : d'une part, en réduisant la durée maximale des contrats de gestion des services publics et, d'autre part, en facilitant l'exercice du contrôle du service par les municipalités et les citoyens.

Dans le cas de la gestion indirecte, le texte d’ECP demande que la concession puisse être annulée sans coûts excessifs et que soient incorporés des critères sociaux, de genre et de durabilité dans la sous-traitance via un concessionnaire ou une société mixte si la décision est prise de remunicipaliser le service. 

À Vittel, Nestlé privatise la nappe phréatique

À Vittel, dans les Vosges, Nestlé Waters et les habitants pompent la même eau. La ressource se réduisant de façon préoccupante, les autorités locales veulent la faire venir des environs pour abreuver la population. La multinationale, elle, pourra continuer de puiser dans le sous-sol.

Une longue file de camions coule à travers les rues de Vittel en direction de l’autoroute A31. Dans leurs immenses bennes, des milliers de bouteilles d’eau attendent de se déverser dans les rayons des supermarchés français et européens… D’Allemagne au Japon, on s’abreuve d’eau vosgienne. Qu’elles s’appellent Hépar®, Contrex®, Vittel®, chaque goutte provient de ces sous-sols vosgiens riches en minéraux. Et chaque centime revient dans le portefeuille de Nestlé Waters, propriétaire des marques.

Des centaines de millions de litres du précieux liquide sont ainsi extraits, chaque année, des profondeurs lorraines. Tant et si bien qu’une de ces nappes souterraines, la plus profonde et la plus importante, est menacée d’épuisement. Mais plutôt que d’exiger de la multinationale qu’elle réduise ses prélèvements, élus et industriels envisagent ni plus ni moins de serrer la ceinture hydrique des habitants. Bientôt, à Vittel, l’eau des robinets ne proviendra peut-être plus du sous-sol, mais sera acheminée par pipeline sur des dizaines de kilomètres. « Le géant international s’est approprié la ressource locale pour commercialiser l’eau en bouteille, dénonçait France nature environnement en mars dernier. L’entreprise s’octroie un réel monopole sur une ressource qui n’est censée appartenir à personne, si ce n’est aux populations locales pour subvenir à leurs besoins vitaux. » Joint par Reporterre, Christophe Klotz, directeur d’Agrivair, une filiale de Nestlé Waters, refuse d’endosser « le rôle du gros vilain : nous ne sommes pas contre ce territoire, nous sommes interconnectés avec lui. Et ce territoire vit autour et grâce à l’eau ».

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